Les règles du jeu fiscal pour les retraités viennent d’être clarifiées pour 2026, et la nouvelle est plutôt bonne : le double avantage d’abattement fiscal est confirmé. D’un côté, le traditionnel abattement de 10 % sur les pensions est maintenu. De l’autre, un second abattement spécifique aux plus de 65 ans reste en place, sous conditions de revenus. Résultat : jusqu’à 8 440 € en moins sur la base imposable pour certains foyers, de quoi alléger sensiblement la note fiscale et préserver le pouvoir d’achat des seniors.
Un abattement de 10 % sauvé in extremis pour 2026
Pendant une bonne partie de l’année 2025, le suspense a été total pour les 17,2 millions de retraités français. Le gouvernement avait envisagé de remplacer l’abattement proportionnel de 10 % sur les pensions par un montant forfaitaire fixe, ce qui aurait profondément changé la donne pour de nombreux foyers, en particulier ceux ayant des pensions moyennes ou confortables.
Sous la pression :
- des associations de retraités et de seniors,
- de parlementaires inquiets de l’impact sur le pouvoir d’achat,
- et d’une opinion publique déjà éprouvée par l’inflation,
le projet a finalement été abandonné lors du vote à l’Assemblée nationale. Concrètement, pour l’imposition des revenus 2025 déclarés en 2026, le mécanisme reste inchangé :
- L’abattement de 10 % s’applique à l’ensemble des pensions déclarées (retraites de base, complémentaires, pensions de réversion, sous réserve des règles habituelles).
- Ce montant est plafonné à 4 399 € pour l’imposition 2025, avec une revalorisation annuelle prévue, généralement calée sur l’évolution des prix.
- L’abattement de 10 % réduit directement la base imposable avant le calcul de l’impôt, ce qui diminue mécaniquement l’impôt sur le revenu.
Par exemple, un retraité célibataire percevant 20 000 € de pension annuelle bénéficie d’un abattement de 2 000 € au titre des 10 %, soit une base imposable ramenée à 18 000 € avant même d’appliquer le barème. Sur un couple avec 40 000 € de pensions cumulées, l’abattement atteint 4 000 €, dans la limite du plafond, ce qui revient à soustraire presque un mois de pension de la base imposable.
Ce maintien de la règle des 10 % a un impact pour tous les retraités imposables, qu’ils soient célibataires, mariés ou pacsés, et constitue une forme de “socle” fiscal propre aux pensions.
Le second abattement, un avantage souvent ignoré après 65 ans
Au-delà de cet abattement général, un autre dispositif, beaucoup moins médiatisé, vient compléter l’arsenal fiscal en faveur des seniors : le second abattement pour les plus de 65 ans, prévu par l’article 157 bis du Code général des impôts.
Ce second avantage est réservé :
- aux personnes âgées d’au moins 65 ans au 31 décembre de l’année concernée,
- ou aux contribuables reconnus invalides (par exemple titulaires d’une carte d’invalidité ou d’une pension d’invalidité).
Il est accordé sous conditions de revenus. Pour l’imposition 2026, les repères donnés sont les suivants pour une personne seule :
- si le revenu net global est inférieur à 17 667 € : abattement d’environ 2 820 €,
- s’il est compris entre 17 667 € et 28 423 € : abattement réduit à environ 1 411 €,
- au-delà de ces seuils, l’abattement n’est plus applicable.
Pour un couple répondant aux critères (deux personnes de plus de 65 ans ou invalides, ou l’un des deux selon les règles en vigueur), les montants sont doublés :
- jusqu’à 5 640 € d’abattement si le revenu global du foyer reste sous le premier plafond,
- environ 2 822 € dans la tranche supérieure.
Ce dispositif présente plusieurs atouts pratiques :
- Il est automatique : aucun formulaire spécifique n’est à remplir, l’administration fiscale l’applique au vu des informations déclarées (âge, situation, revenus).
- Il est cumulable avec l’abattement général de 10 % sur les pensions, ce qui permet de cumuler deux réductions de base imposable.
- Il pèse sur le revenu fiscal de référence (RFR), un indicateur clé pour l’accès à diverses aides (exonération ou réduction de taxe foncière, chèque énergie, certaines aides locales, tarifs sociaux, etc.).
Prenons un exemple concret :
Une retraitée seule, âgée de 68 ans, perçoit 16 000 € de pensions par an.
- Abattement de 10 % : 1 600 € -> base ramenée à 14 400 €.
- Second abattement seniors (revenu sous 17 667 €) : 2 820 € supplémentaires.
Sa base imposable passe ainsi à 11 580 €. Sans ces mécanismes, elle serait imposée sur 16 000 €, soit une différence de plusieurs centaines d’euros d’impôts selon la tranche.
Combiner les deux abattements : jusqu’à 8 440 € de base imposable en moins
L’intérêt majeur de 2026 réside dans la combinaison de ces deux dispositifs. Pour les retraités dont les revenus se situent dans les bonnes tranches, le cumul du 10 % et du second abattement peut conduire à des allègements impressionnants.
Exemple 1 : un retraité seul avec 30 000 € de pensions annuelles.
- Abattement de 10 % : 3 000 €.
- Revenus après 10 % : 27 000 €.
- Selon sa situation et ses revenus globaux, il peut encore bénéficier du second abattement (dans la tranche réduite), par exemple 1 411 €.
Sa base imposable descend alors à environ 25 589 €. Par rapport aux pensions brutes, cela représente 4 411 € qui échappent à l’impôt sur le revenu.
Exemple 2 : un couple de retraités aux ressources modestes, chacun percevant 14 000 € de pension, soit 28 000 € au total.
- Abattement de 10 % sur 28 000 € : 2 800 €.
- Base après 10 % : 25 200 €.
- Si le revenu global du couple se situe dans la bonne tranche de revenus, le second abattement seniors s’applique en version doublée : jusqu’à 5 640 €.
Au final, la réduction totale de la base imposable peut atteindre 8 440 €. Pour un foyer à la frontière de l’imposition ou dans une tranche modeste, cet allègement peut faire la différence entre un impôt symbolique et une facture plus lourde.
Derrière ces chiffres, l’enjeu est concret : il s’agit de plusieurs centaines, voire de plus d’un millier d’euros d’impôt économisés par an selon la configuration (situation familiale, autres revenus, etc.).
Ce qui aurait pu changer : un choc fiscal heureusement évité
Si le projet initial avait été adopté, le paysage fiscal des retraités en 2026 aurait été radicalement différent. L’idée de départ : remplacer le 10 % proportionnel par un abattement forfaitaire de 2 000 € par foyer. Sur le papier, ce système pouvait sembler plus simple, mais il aurait en réalité pénalisé une large part des retraités.
Les simulations évoquaient un surcoût annuel :
- de l’ordre de 1 000 € pour des pensions moyennes,
- pouvant grimper jusqu’à 2 800 € pour les retraites plus élevées.
En clair, au-delà d’un certain niveau de pension, un abattement de 2 000 € se serait avéré bien inférieur aux 10 % actuels, surtout pour des revenus de 25 000, 30 000 ou 35 000 € annuels par personne.
Le rejet du projet a été net, avec un vote largement défavorable (plus de 200 voix contre moins d’une vingtaine pour). Cette décision évite un véritable “coup de rabot” sur les pensions imposables et protège des millions de foyers d’une hausse brutale de leur impôt sur le revenu, dans un contexte où beaucoup doivent déjà faire face à :
- la hausse des prix de l’énergie,
- l’augmentation des coûts de santé et de complémentaire,
- la progression des loyers ou des charges de copropriété.
Pour de nombreux retraités, la perspective de payer plusieurs centaines d’euros de plus chaque année avait suscité une inquiétude réelle, voire une forme de colère. Le maintien du dispositif actuel est donc vécu comme un soulagement.
Un soutien discret mais réel au pouvoir d’achat des seniors
Au-delà du seul calcul d’impôt, le choix de conserver ce double dispositif d’abattement a un impact plus large sur le quotidien des retraités. Il contribue à stabiliser le pouvoir d’achat à un moment de la vie où les marges de manœuvre sont réduites : les pensions évoluent peu, les possibilités de revenus complémentaires sont limitées, et les dépenses incompressibles ne cessent de grimper.
Ce maintien fiscal intervient aussi dans un contexte où beaucoup de seniors :
- déménagent pour se rapprocher de leurs enfants ou pour adapter leur logement,
- doivent financer des travaux d’accessibilité (salle de bains, escaliers, etc.),
- ou commencent à faire face à des frais liés à la perte d’autonomie.
Pour les aidants familiaux, souvent déjà pris dans un tourbillon de démarches administratives et de préoccupations financières, savoir que la facture fiscale ne va pas s’alourdir en 2026 est une bouffée d’air. Plusieurs associations y voient un signal de reconnaissance de la vulnérabilité financière d’une partie des retraités, notamment les plus modestes ou ceux qui vivent seuls.
Êtes-vous concerné par ce double avantage en 2026 ?
En pratique, ce double abattement fiscal en 2026 concerne différents profils de retraités :
- les foyers déjà imposables qui conservent le 10 % et peuvent profiter du second abattement selon leur âge et leurs revenus,
- les retraités proches du seuil d’imposition, pour qui ces mécanismes peuvent faire basculer vers un impôt très faible, voire nul,
- les seniors âgés de plus de 65 ans avec des revenus modestes, particulièrement gagnants grâce à la combinaison des deux abattements.
Pour savoir si vous en bénéficiez, il faudra examiner votre situation : âge, niveau de pensions, autres revenus éventuels (fonciers, financiers…) et composition du foyer. L’effet peut être sensible sur votre impôt, mais aussi sur votre revenu fiscal de référence, qui entre en ligne de compte pour de nombreuses aides et exonérations.
Ce double abattement pour 2026 vous concerne-t-il directement ? Vous sentez-vous rassuré par son maintien ou estimez-vous qu’il faudrait aller plus loin pour protéger le pouvoir d’achat des retraités ? Cette actualité mérite en tout cas d’être connue dans les familles, que ce soit pour les parents, grands-parents ou proches déjà à la retraite, afin que chacun puisse mieux anticiper sa situation fiscale pour l’an prochain.
